Le Grand Prix National de la Photographie en 1988, la rétrospective au Musée National d’Art Moderne (Centre Pompidou) et les très nombreux livres (plus de 60!) – de Surbanalisme au Chêne en 1972 à Bernard Plossu 1963/2006 , monographie de plus de 300 photos parue récemment aux éditions des deux terres pour sa rétrospective au Musée de Strasbourg- ont fait connaître l’oeuvre photographique noir et blanc de Bernard Plossu.
Mais à côté de celle-ci, l’auteur mène depuis les années 60 et son séjour au Mexique un travail en couleur patiemment archivé jusqu’à sa récente exposition au Théâtre de la Photographie et de l’Image de Nice au début 2008. La couleur pour lui s’est justifiée un matin de l’hiver 66, le jour de sa rencontre avec Pierre et Michel Fresson, les artistes-artisans de l’atelier du même nom, qui avaient mis au point un procédé de tirage assurant à la photographie un rendu unique – « il y a du relief dans le tirage Fresson » dit Plossu – et une pérennité jusque là inégalée.
« En 1965, au Mexique, je commence à prendre des photos en couleur en même temps que du noir et blanc …..
Rien de prémédité, pas de leçons de photographie dans une école, je ne sais rien, je veux tout vivre, au « pif » …
…à bas les examens et les écoles !
Quelquefois j’ai du noir et blanc, quelquefois de la couleur, dans ma Rétinette… voila, au hasard !
Et je photographie comme ça – avec en tête toutes les images des films de la Nouvelle Vague vus dans ma jeunesse à Paris – le pays, ce Mexique si surréaliste, les amis, la route ….
En janvier 1966, je rentre à Panam’ et là, un vieil ami de jeunesse, bringueur d’enfer, 4 ans de plus que moi, me parle d’un labo avec lequel travaille son meilleur ami à lui, un jeune photographe de mode – Michel Mateloot -et celui-ci me donne l’adresse de l’atelier Fresson, à Savigny-sur-Orge : première rencontre donc en 66 avec Michel Fresson et son père. Et plus tard avec Jean François, le fils.
…et là, commence cette relation photographe et maître -tireur, qui ne s’est jamais arrêtée depuis.
J’ai gardé tous les tirages d’époque pour moi, pendant toutes ces années, et les voilà ces vintages, comme on dit quand on veut les revendre ….
Merci beaucoup du plaisir que vous me procurez en Bretagne de pouvoir vous les montrer, de montrer à quel point la famille Fresson est le très grand laboratoire couleur dont la renommée est justifiée si loin au-delà de nos frontières !
« Grâce à eux, mes images vivent et respirent exactement ce que je souhaite montrer en couleur… »
Les premières photos du Chiapas au Mexique (1965), les paysages désertiques du sud américain, le Paris des années 60/70…mais aussi des inédits réalisés au printemps 2008 lors de la résidence dans les îles bretonnes (Bréhat, Houat, Molène) sont au programme.
Cette exposition est organisée dans le cadre de l ‘opération Bernard Plossu en Bretagne, coproduite par L’Imagerie, la galerie Le Lieu de Lorient et le Centre Atlantique de la Photographie de Brest (expositions simultanées dans les 3 galeries, résidence dans les îles bretonnes avec le concours de Neuflize Vie).
Résidence sur les îles – Bretagne 2008
Coproduction Le CAP-Brest, Le Lieu, Lorient et L’Imagerie-Lannion
Projet archipel
Qu’est-ce qu’une île ? Peut-être n’y avez vous jamais vu qu’un bout de terre. Alors que seule importe l’eau, cette étendue autour, cette séparation qui constitue l’île comme lieu sans lien.
Dans son texte sur les îles, Gilles Deleuze accélère à sa manière cette séparation, finissant par montrer que toute île est déserte. Quand bien même elle est habitée. Les hommes vivant sur l’île deviennent la conscience de sa séparation. Mais il ne suffit pas encore de mettre en mouvement, l’un par l’autre, la géographie et l’imaginaire. Il faut encore intensifier ce mouvement, et c’est ce travail d’imaginaire que nous souhaitons encourager avec la vision de Bernard Plossu.
La résidence de Bernard Plossu a été mise en place sur différentes îles bretonnes – Houat (Morbihan), Molène (Finistère) et Bréhat (Côtes d’Armor) – avec l’idée de porter un regard singulier sur des lieux en marge, parfois considérés à tort comme des espaces secondaires. Le regard de Plossu est à proprement parler utile, il montre qu’en termes d’imaginaires et de puissances évocatrices ces espaces méritent toute notre attention. Bernard Plossu propose sa vision argumentée et sensible d’un terrain particulier. Derrière l’image, il y a les choix motivés d’un grand artiste.
Le voyage de Bernard Plossu dans les îles sélectionnées a eu lieu entre le 16 et le 27 juin 2008. Ce séjour a donné lieu à 3 expositions à Lannion (L’Imagerie) , Lorient (Le Lieu) et Brest (Le CAP).
Les tirages figurant dans le fonds photographique de la galerie l’Imagerie ont été réalisés à l’automne 2008 par l’Atelier Fresson.