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03.05 - 12.06.1999

Fragments :
Œuvres de la collection
du Frac Bretagne

Miroslaw Balka
François Bouillon
Brassaï
Pascal Convert
Robert Gober
Gary Hill
Julije Knifer
Stéphane Le Mercier
Olivier Lemesle
Gilles Mahé
Gordon Matta-Clark
Daniel Spoerri
Tal-Coat
Rémy Zaugg

Carton de l’exposition Fragments : Oeuvres de la collection du Frac Bretagne, 1999

L’Imagerie et le Frac Bretagne s’associent pour présenter une exposition sur le thème du fragment.

Jouant sur plusieurs niveaux de signification, le fragment constitue à la fois une dimension esthétique mais peut relever du mode d’élaboration, d’apparition ou encore de lecture de l’oeuvre. Il peut signaler une réalité ou une action, quand l’artiste opère un prélèvement et en garde la trace par la collecte, l’empreinte, le moulage, la photographie (Convert, Brassaï, Matta-Clark, Spoerri). Dans la période contemporaine où souvent le parcours d’un artiste se déploie en suite ou en séries, l’oeuvre devient l’indice d’un ensemble plus vaste et qui l’englobe, comme le seraient les pages choisies dans le continuum d’un livre (Bouillon, Gober, Hill, Knifer, Le Mercier, Zaugg). Enfin certaines oeuvres, moins nombreuses sont à la fois constitutives et constituées du fragment (Balka, Convert, Mahé, Lemesle). L’exposition est réalisée à partir des collections du Frac Bretagne.

Miroslaw Balka
Varsovie, 1958 – Vit à Otwock.

Les sculptures de Miroslaw Balka associent généralement des éléments métalliques à des matières issues de l’habitat (moquette, linoléum) ou renvoyant à l’intimité (le savon, par exemple). La simplicité des formes, l’économie des moyens, le rapport à l’échelle (celle du corps de l’artiste) rappellent l’esthétique minimaliste. Les oeuvres de Balka sont chargées de références, liées notamment au contexte actuel de la Pologne (celui de la forte industrialisation) et à son histoire récente. Son travail joue avec les contrastes, entre le chaud et le froid, l’intérieur et l’extérieur et avec une certaine ambivalence entre ce qui relève de la vie et ce qui renvoie à la mort.

François Bouillon
Limoges, 1944 – Vit à Bagnolet.

A travers les sculptures et les installations qu’il réalise depuis le milieu des années soixante-dix, François Bouillon recherche la permanence propre à chaque individu, au-delà de l’histoire, des frontières ou des civilisations. Il revendique une manipulation des matériaux et des signes « par impulsion, intuition, jeu, sensualité ». Ces oeuvres appartiennent à un ensemble de plus de cent-vingt dessins, rassemblés et publiés en 1985 dans un ouvrage intitulé Oh crépucule! Ce livre débute sur ces phrases de François Bouillon : »Dessins faits au crépuscule ! Quand le noir et le blanc se fondent et s’enchaînent ! Quand corps et âmes se projettent dans l’espace et le temps ! Quand tout s’inverse et s’alterne! »

Brassaï
Brasso (Transylvanie), 1889 – Paris, 1984.

Après avoir suivi des cours à l’Ecole des Beaux-Arts de Budapest et séjourné à Berlin, Brassaï s’installe à Paris en 1924. Ses premiers clichés sont publiés en 1933 dans le recueil Paris de nuit. Ces photographies rendent aussi bien compte des soirées chic que de l’ambiance des bals, des bistrots, des trottoirs et des ponts de Paris, chroniques qui allient imagination et objectivité. C’est à cette période que Brassaï enregistre et collectionne, au cours de ses promenades, des images de graffiti, signes anonymes d’un passage, non sans parenté avec ce que Dubuffet nomma quelques décennies plus tard l’Art Brut. Les premières de ces photographies sont publiées dans la revue Le Minotaure ; elles ont plus tard fait l’objet d’un ouvrage accompagné d’un texte de Picasso. Photographe avant tout, Brassaï a cependant été aussi dessinateur, sculpteur, cinéaste, décorateur de théâtre et écrivain.

Pascal Convert
Biarritz, 1957 – Vit à Biarritz.

Le travail de Pascal Convert s’appuie sur des modèles architecturaux – villas, galeries, appartements – retenus comme paysages génériques, emblèmes, entités théoriques et espaces concrets. Par une série d’opérations de retournement, de conversion -moulages, empreintes, tracés – l’artiste s’approprie la mémoire des choses ; il en fait des signes abstraits dont la perception est autant physique que mentale. La Rose est le motif décoratif de la façade de la Villa Belle Rose, l’une des trois villas situées sur la Côte des Basques à Biarritz, aujourd’hui détruites. Moulé en cristal par l’artiste, le fragment architectural devient objet diaphane de mémoire et d’oubli.

Robert Gober
Wallingford, 1954 – Vit à New York.

Dans les installations de Robert Gober se mêlent décors de papier peint et moulages illusionnistes en cire de fragments du corps (jambes, torses). Elles laissent entrevoir les influences conjuguées de la danse et du théâtre provoquant une violence psychologique qui joue sur les mécanismes de la mémoire collective. Hanging Man / Sleeping Man a fait partie de plusieurs installations. Malgré l’aspect décoratif évident lié au médium lui-même, l’iconographie devient très claire lorsqu’on veut bien s’en approcher. Un homme noir, victime d’un lynchage, est pendu à un arbre alors qu’un homme blanc dort. Deux interprétations sont possibles. La première serait que l’homme blanc peut dormir tranquille lorsque l’homme noir est pendu. La deuxième nous laisserait penser que le dormeur se trouve face aux images cauchemardesques de son crime, face à sa culpabilité.

Gary Hill
Santa Monica, 1951 – Vit à New York.

Gary Hill utilise la vidéo depuis 1973 avec des configurations de plus en plus élaborées allant des images de synthèse aux systèmes interactifs. Son recours constant à des textes littéraires ou des références en linguistique lui permet de montrer que c’est toujours le langage qui construit notre vision du monde. Cette construction artificielle s’oppose à la fragilité du devenir des choses. Comme la littérature, l’art vidéo construit une image du monde qui peut être coupée de tout référent au réel. Toutefois, on ne peut agir et penser en dehors de la contingence du corps. La voix, utilisée depuis Primarily Speaking, 1981, immatérielle mais aussi charnelle est susceptible de créer des images. Dans And Sat Down Beside Her, nous retrouvons les constances du travail de Hill, la présence littéraire par le livre de Maurice Blanchot Thomas l’obscur puis, l’utilisation de la voix qui lit le texte et la présence du corps par les références qu’appellent la table et la chaise. J-M.P.

Julije Knifer
Osijek (Croatie), 1924 – Vit à Paris.

A la fin des années cinquante, Julije Knifer a mis en place son langage pictural en choisissant un motif unique, le méandre, figure infinie qui règle d’un coup les questions de chronologie et de composition. Il utilise presque exclusivement le noir et le blanc, la verticale et l’horizontale. Le cahier journal échappe au protocole strict qui préside à la réalisation des peintures et des dessins. Inscrite dans des figures orthonormées renforcées par le quadrillage du cahier d’écolier, l’écriture discursive et polychrome livre – en croate -, un moment de la vie de l’artiste

Olivier Lemesle
Rennes, 1956 – Vit à Rennes.

Poursuivant son exploration de la pratique picturale, Olivier Lemesle travaille dans un espace où la peinture abstraite devient figurative et vice versa. Depuis ces dernières années, il s’oriente vers la systématisation de sa peinture, sans que, pour autant, disparaisse totalement la part de l’aléatoire. La constitution progressive d’un répertoire, le rapport au sujet, la couleur réduite à des gris colorés, tous ces éléments témoignent d’une analyse de la peinture, de ses composantes et de son histoire. Au début des années quatre-vingt, le papier journal constituait pour Olivier Lemesle un support principal.
Les deux dessins Sans titre de 1983 – profil de femme brossé à larges traits, encadré d’un réseau serré d’autres visages découpés dans des magazines – mettent en exergue la figure en jouant sur la tension entre le fonds et la forme, le collage et la peinture, l’unique et le multiple, le portrait comme genre académique et l’image publicitaire.

Stéphane Le Mercier
Saint-Brieuc, 1964 – Vit à Rennes.

Cet ensemble peut être considéré comme une oeuvre générique dans le parcours de l’artiste. Dans des notes de 1993, il écrivait : « Poudre d’or, réalisé de mai à novembre 90, possède en soi ce qui va être développé par la suite dans les installations. Le rapport à la citation – qu’elle soit littéraire ou plastique -, le goût de la fiction, cette volonté de questionner les pratiques humaines et, à travers elles, l’idée même de connaissance. Montage « syncrétique et jubilatoire », elle fonctionne comme le story board d’une oeuvre toujours en déplacement ». Le titre de l’oeuvre est celui d’un roman du début du siècle dont les pages lui servent de support. Le texte qui demeure lisible, ajouté aux motifs, fait écho aux préoccupations de l’artiste.

Gilles Mahé
Guingamp, 1943 – Vit à Saint-Briac.

Perturber, détourner, pervertir les images, tel est l’enjeu du travail de Gilles Mahé. Tour à tour rédacteur en chef (de deux journaux : Gratuit et Déjà vu), gérant d’entreprise (Gilles Mahé et Associés S.A.), il parodie à loisir les circuits commerciaux avec un sens ludique de l’événement.
L’ interactivité étant un des moteurs de sa production, Gilles Mahé requiert la participation active d’autrui sous la forme « d’appels d’offres » adressés au seul commanditaire de l’oeuvre comme à un plus large public. De simple regardeur, le spectateur devient ainsi l’acteur volontaire d’une entreprise conceptuelle qui peut parfois paraître proche du canular. Les travaux de Gilles Mahé utilisent aussi bien les modes d’expression contemporains que l’histoire de l’art dans une tentative de remise en cause du statut de l’oeuvre d’art, de sa conception et de sa réalisation.

Robert Matta-Clark
New York, 1943 – New York, 1978.

Lié aux avant-gardes des années soixante et soixante-dix, Gordon Matta-Clark développe un travail de sculpture qui, renforcé par les acquis du Land Art, met en oeuvre de possibles interactions avec l’architecture et la performance. Il utilise le bâti comme support et matériau de travail en découpant, creusant, prélevant, retranchant des fragments de bâtiments et propose une autre lecture de l’espace architectural. Ses interventions, par nature éphémères, ont toujours été largement documentées par des films, des vidéos ou des photographies. Le diptyque Day’s End (1975) rend compte des découpes en forme de voile éxécutées sur un entrepôt abandonné – « il ressemble à une énorme basilique chrétienne, avec son intérieur sombre à peine éclairé par des fenêtres à claire-voies, à 15 mètres de hauteur » – sur le quai 52 à New York.

Daniel Spoerri
Galatzi (Roumanie), 1930 – Vit à Ferrières.

Daniel Spoerri est tour à tour premier danseur à l’Opéra de Berne, metteur en scène, plasticien à Paris où il se lie avec les Nouveaux Réalistes. Il se spécialise dans le tableau-piège (par exemple une table dont les reliefs sont fixés par de la colle disposée à la verticale sur le mur comme un tableau).
Une carte des fontaines et sources légendaires trouvée dans le Guide de la France mystérieuse incite Daniel Spoerri à entreprendre des recherches sur les fontaines sacrées de Bretagne, dans le prolongement d’autres travaux sur le thème de l’eau. Il fait quatre voyages d’étude en Bretagne : repérage, photographie des lieux, inventaire des effets attribués à chaque source, étude du rituel propre au lieu sacré, étude des légendes et histoires des sources et collection d’échantillon d’eau. La pharmacie bretonne se présente comme une armoire à deux battants contenant 117 flacons étiquettés remplis d’eau miraculeuse, répartis dans trois casiers articulés par des gonds divisés chacun en trois parties.

Tal-Coat
Clohars-Carnoët, 1905 – Dormont, 1985.

Autodidacte, Tal-Coat expérimente les arts appliqués à Quimper, chez Henriot, ou à la manufacture de Sèvres à Paris dès 1924. Il poursuit cependant une recherche picturale encore figurative, marquée par la palette des Fauves et les leçons de Cézanne. Au lendemain de la guerre, il délaisse peu à peu tout rapport à la représentation au profit d’une peinture qui affirme avec force ses liens au réel par l’importance accordée à la nature physique du médium. Cette évolution, plus radicale encore dans les années soixante, révèle une oeuvre qui tend au monochrome, questionne l’espace rendu sensible et mouvant par le traitement de la matière (renflements, bosses, grumeaux, griffures, cicatrices..) : « J’ai toujours été en rupture avec cet espace, un espace clos. J’ai toujours tenté un espace ouvert, ma peinture a toujours été une tentative d’ouverture ».

Rémy Zaugg
Courgenay, 1943 – Vit à Bâle.

Depuis la fin des années soixante, l’artiste pose la question du tableau et de celui qui le réalise. « Ma peinture est (d’abord) une interrogation sur la possibilité de faire de la peinture aujourd’hui. Elle s’interroge sur sa pertinence. Le tableau est-il encore d’une utilité quelconque ? ». Une feuille de papier II appartient à une série de 54 peintures de format identique et constituées à partir du même support, du papier kraft marouflé sur toile. Sur cette surface monochrome, Rémy Zaugg analyse et commente par l’écriture une oeuvre de Paul Cézanne, La Maison du pendu. Il s’attache à nommer de la manière la plus fouillée chaque couleur et nuance de ce tableau. Par cette réflexion sur les conditions de perception de la peinture,
Rémy Zaugg a travaillé à déconstruire les principes des moyens de représentation tels que la perspective et la couleur.