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02.07 - 29.09.2012

Conditions humaines :
34e Estivales photographiques
du Trégor

Dominique Delpoux
Joakim Eskildsen
Édith Roux
Jean-Manuel Simoes
Emmanuel Smague
Zhang Xiao

1ère de couverture du livret Conditions humaines, 34èmes Estivales photographiques du Trégor, 2012

Si les invités des Estivales 2011 regardaient notre Terre à travers le dépoli de leur chambre photographique et s’intéressaient à la magnificence de ses paysages, ceux qui sont accueillis sur nos cimaises à l’été 2012 l’ont sillonnée, au plus loin comme au plus près, avec le souci de témoigner des conditions de vie de ceux qui ont croisé leur chemin.

 

Joakim Eskildsen et sa compagne l’écrivain Cia Rinne ont parcouru le monde de la Hongrie à l’Inde, de la Grèce à la Finlande en passant par la France, la Russie et la Roumanie à la rencontre des Roms. Ils ont patiemment documenté ces vies hors du temps, ou du moins hors d’un temps, le nôtre, dans une création à l’esthétisme assumé, avec l’espoir que ses qualités artistiques et poétiques aident à combattre les préjugés.

Jean-Manuel Simoes s’est intéressé lui aussi aux exclus. Chez lui point de lointains voyages mais un périple quasi quotidien, une quête patiente à quelques encablures de son domicile parisien, au plus proche de ces oubliés de la vie que sont les « sans logis/papiers/travail » qui survivent à nos portes et qu’on s’efforce d’ignorer dans les vapeurs d’essence du périphérique.

Les modèles d’Avant-Après qui s’offrent à l’objectif de Dominique Delpoux dans la chaleur d’un chantier ou la noirceur d’une usine ont certes un travail mais une journée, traduite en diptyque par l’auteur, semble les vieillir de dix ans.

Dans Coastline, le photographe chinois Xiao Zhang pour sa part capte ses compatriotes vacanciers ou exilés des rives chinoises surchargées dans la multitude de leurs semblables et le rêve (inaccessible ?) d’un ailleurs qui chante.

La Chine encore pour Édith Roux dont Les dépossédés posent devant les décombres de ce qui fut leur foyer et que le miracle du développement à outrance décidé par-un pouvoir central, bien loin des idées de préservation d’un patrimoine minoritaire, celui des Ouïgours en l’occurrence, a mis à terre en quelques minutes.

Musicien et photographe, Emmanuel Smague joue du violon… et du Leica. Un sens du contact certain et un optimisme insouciant lui ont ouvert de nombreuses portes, de l’Irak à Tchernobyl, et nous valent aujourd’hui de partager, malgré les drames sous-jacents, ces sourires d’enfants.
Du reportage et du témoignage certes… mais toujours avec une écriture et une signature artistique très personnelles qui nous interrogent sur le monde dans lequel nous vivons.

Dominique Delpoux:

« On sait, dès le premier regard, que le travail photographique de Dominique Delpoux est basé sur des décisions, des prises de position strictes, et qu’il a fait des choix précis qui le situent clairement dans un des territoires de la pratique contemporaine : le style documentaire…
La première caractéristique de l’approche est, évidemment, son attachement à traiter de questions sociales, Elle interroge le monde d’aujourd’hui, en se démarquant du reportage, de l’anecdote, du récit, de tout « instant décisif » et en mettant en place des dispositifs contraignants qui seront productifs de photographies exigeant de la part de celui qui regarde une réflexion allant au-delà de la seule contemplation — ou consommation — de l’image, C’est donc tout naturellement (autre caractéristique du style documentaire) que le travail s’organise par séries qui, à chaque fois, traitent du quotidien, voire du banal, mais le mettent en crise et nous demandent d’être attentifs à tout ce qui n’est pas spectaculaire dans notre société mais en fonde les fonctionnements. Comme il a décidé d’interroger les fondamentaux — et les limites — de la photographie, Dominique Delpoux s’est attaqué à l’une des plus troublantes et des plus méconnues ou non analysées composantes de l’image, celle du temps.

Il n’existe actuellement aucune étude sérieuse sur ce qui différencie le temps de notre réel — celui de notre expérience du monde — de cet étrange temps de la photographie, prise en quelques centièmes de seconde et versée à une forme d’éternité dont les rythmes de pertinence seront toujours différents en fonction de la pratique de l’opérateur et de ses intentions. Ce qui l’a amené à produire des diptyques, à concevoir une approche binaire des personnages dont il décidait de questionner la situation ou le vécu.

Certaines séries de ces diptyques qui, a priori, pourraient sembler anecdotiques, sont étonnamment productrices de sens. Je pense entre autres aux personnages « avant/après » chez le coiffeur, aux ouvriers à leur arrivée au travail et lorsqu’ils terminent leur journée de labeur, ou aux maires qui avouent leurs passions cachées. Ce n’est que par le pur travail photographique que Dominique Delpoux évacue, annule l’anecdote et nous oblige à la réflexion. Et c’est là qu’apparaît, de la façon la plus pertinente et évidente, l’efficacité d’un dispositif, réduit à sa plus rigoureuse exigence, qui gomme le spectaculaire pour nous amener à l’essentiel d’une réflexion sur la notion même de portrait. »

(Christian Caujolle)
Catalogue du Château d’Eau (extraits)

 

Né en 1962, vit et travaille dans le Tarn. Depuis près de vingt ans, il mène une recherche sur la notion d’identité à travers le portrait en photographie, au fil de commandes institutionnelles et de travaux personnels. Lauréat du prix Kodak de la critique photographique, il expose aux Rencontres d’Arles, au Mois la Photo de Paris, à la galerie du Château d’Eau de Toulouse… Ses oeuvres figurent dans les acquisitions du Fonds national d’art contemporain, de la Bibliothèque Nationale de France, de la galerie du Château d’Eau de Toulouse, d’artothèques…

Dominique Delpoux, Carlos Sobreiro, série « Les hommes du chantier », 1998
Dominique Delpoux, Carlos Sobreiro, série « Les hommes du chantier », 1998

Édith Roux:

« Les Dépossédés »

Photographe et vidéaste, la pratique artistique d’Édith Roux se situe dans une veine documentaire conceptuelle où une réflexion sur les conditions de production des images est intégrée à l’intérieur du travail lui-même. Édith Roux n’hésite pas à recourir à l’outil numérique ou au montage d’images, afin d’instaurer une distance face à la réalité, qui nous permet de mieux l’appréhender. Des préoccupations d’ordre sociopolitique, entre autres, sont souvent présentes dans son travail, autour de questions liées à l’environnement, à la société de contrôle et aux mutations urbaines.

La série «  Les Dépossédés » a été réalisée au Xinjiang, province autonome située au nord-ouest de la République populaire de Chine. Le Xinjiang, appelé également Turkestan oriental, est peuplé de la minorité ethnique ouïgoure qui est turcophone et musulmane. À la frontière de l’Asie centrale, les images réalisées à Kachgar, ancien carrefour de la route de la soie, témoignent du processus de sinisation de l’espace engagé par les Chinois dans cette région. Les Ouïgours voient leur espace géographique et social se réduire et s’inquiètent de ces transformations urbaines.

Présences fragiles dans un décor de ruines, les Ouïgours, par leur attitude digne semblent opposer une résistance à la menace qui pèse sur leur culture. De même que la ruine en tant que fragment stimule l’imagination par la partie absente de la représentation, les miroirs disposés sur le sol par l’artiste renvoient au hors-champ de la photographie et à la présence/absence de ces personnages. Ces miroirs sur lesquels glisse un reflet éphémère deviennent des images où se fixent les traces et la mémoire de cette culture.
Dans certains le reflet de la photographe se devine, comme pour mieux définir les limites de la recherche à l’intérieur desquelles elle s’inscrit.

Édith Roux (1963) vit et travaille à Paris. Après des études d’histoire de l’art aux États-Unis, elle intègre l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles dont elle sort diplômée en 1993. Parmi de nombreuses expositions en France et à l’étranger, citons le Centre d’art Le Quartier à Quimper, la Galerie du Cloître des Beaux-Arts de Rennes, le Centre international d’art et du paysage de Vassivière, le festival Noorderlicht de Groningue aux Pays-Bas, la Galerie Empty quarter à Dubaï, la galerie Dix9 à Paris, le Lieu Unique à Nantes, le festival Encontros da Imagem au Portugal, La Filature à Mulhouse, etc.

 

Joakim Eskildsen:

« The Roma Journeys »

« Entre 2000 et 2006, l’écrivain Cia Rinne et moi avons entrepris de voyager à travers sept pays différents (Hongrie, Inde, Grèce, Roumanie, France, Russie, Finlande) pour mieux connaître les Roms et les conditions de vie auxquelles ils font face. Nous avons toujours essayé de passer un temps considérable avec les gens dont nous voulions apprendre et, si possible, essayé de vivre avec eux pendant un moment.
C’est d’abord notre curiosité qui nous a conduits dans les quartiers roms de Hevesaranyos, dans le nord de la Hongrie, où nous avons séjourné quatre mois chez Magda, une vieille Tsigane. Nos autres voyages en Roumanie, en Inde et à travers la Finlande se sont faits à la suite de contacts personnels, tandis qu’en Grèce et en Russie, nous avons initialement été aidés par des organisations de défense des droits de l’homme, et en France par le Centre de recherches tziganes, à Paris. Ces voyages n’ont pas du tout été méticuleusement planifiés, et ont davantage été le fruit d’une série de coïncidences qui nous ont permis d’entrer en contact avec les Roms. Nous nous sommes efforcés de communiquer directement avec eux cela a été possible dans la plupart des pays.

Il nous a souvent été demandé ce qui avait suscité notre intérêt pour les Roms, mais nous sommes incapables de donner une réponse définitive, et encore moins exhaustive. Ce qui est sûr, c’est qu’une fois que nous avons commencé, nous étions simplement incapables d’arrêter le projet. Plus nous faisions connaissance avec les Roms, plus notre intérêt et notre affection pour eux grandissaient.
Dispersés à travers le globe, les Roms vivent dans presque toutes les parties du monde, chaque groupe étant caractérisé par une langue, une culture et une situation distinctes. Ils sont profondément influencés par les pays dans lesquels ils vivent. Ils n’ont jamais vécu, et ne vivent pas, « en dehors de la société », comme on le conçoit communément à tort. Souvent, les Roms sont considérés comme les plus vifs protecteurs de l’héritage culturel d’un pays : ils conservent dans certains cas les langues vivantes, comme les Gitans catalans dans le sud de la France. Les Kaale de Finlande cultivent, eux, un code vestimentaire qui a son origine dans la mode de la campagne finnoise d’il y a un siècle.»

(Joakim Eskildsen)

 

Né à Copenhague en 1971, Joakim Eskildsen a été formé par Rigmor Mydtskov, la photographe de la cour royale du Danemark. En 1994, il s’installe en Finlande et suit les cours de l’université d’Art et de Design d’Helsinki dont il sort avec un diplôme de maîtrise en photographie en 1998. Il y recevra notamment les conseils de Pentti Sammallahti, exposé il y a quelques saisons à l’Imagerie. Il vit et travaille à Berlin.

« The Roma Journeys » a été publié par les éditions Steidl et des extraits de ce travail figurent dans les collections du musée des beaux arts de Houston, du musée de la Photographie de Winterthur-Suisse, du musée d’Art contemporain d’Helsinki…
Cette exposition est présentée en partenariat avec le festival Mai- Photographies-Quimper avec le concours de la galerie TAIK à Berlin.

Jean-Manuel Simoes:

« 36,4 k »

« C’est précisément la longueur du périphérique parisien, célèbre boulevard circulaire qui en 2005 souffla ses trente bougies, et qui pour les urbanistes est une authentique success story. Il est la route la plus fréquentée d’Europe au kilomètre carré, avec un passage moyen supérieur à un million de véhicules par jour. Si fréquenté et si connu que l’on finit par ne plus le voir à force de l’avoir toujours sous les yeux.
Au cours de l’hiver 2003, un homme y est mort de froid.
Un homme est mort de froid alors que plus d’un million d’automobilistes sont passés à côté de lui. Il était l’un de ces nombreux »exclus » qui y élisent domicile. Pour les associations, ils seraient près d’un millier ! Un millier de personnes avec pour compagnie ce million de véhicules.

En 2002, en devenant papa, j’ai décidé de ne plus m’absorber dans des reportages lointains pour me consacrer à cette nouvelle vie. J’ai donc commencé à regarder la vie près de chez moi, à Paris, et j’y ai vu une misère que, pendant des années, j’étais allé photographier ailleurs. Dès ce moment, j’ai arpenté le périphérique, territoire qui m’apparaissait comme contrasté, vierge et sinistre, à la découverte de ces vies faites de drames humains. J’ignore combien de personnes y vivent tant les hébergements sont précaires et éphémères mais à force d’y aller, j’ai découvert un autre monde. Le périphérique n’est pas une route comme les autres car en le traçant, les urbanistes ont dressé une véritable frontière. Frontière géographique tout autant que frontière sociale. Il y a le »‘ In » et le »Out » et la rupture entre la capitale et sa banlieue n’est pas progressive, elle est violente !
Mon travail ne vise pas à raconter, à documenter la vie de ces personnes « SDF » qui hélas ne représentent qu’une infime partie de la précarité contemporaine. Avec le temps, il s’inscrit davantage dans une observation de la société qui m’entoure et de son évolution à travers cette notion de frontière urbaine et sociale.
Cette année ma fille aura 10 ans et je ne peux que la remercier de m’avoir donné le courage de regarder le monde en face.»

(Jean-Manuel Simoes)

 

Né en 1964 en banlieue parisienne, de double culture franco portugaise, Jean-Manuel Simoes a commencé sa carrière dans la photographie à l’âge de 33 ans. Un intérêt marqué pour l’humain a orienté sa démarche tout d’abord vers le reportage et la presse. Depuis plusieurs années, Jean-Manuel s’investit dans une photographie de proximité, hors de l’actualité et du sensationnel, sur des thématiques de société.

Prix de la Photographie documentaire, prix de l’Enquête, prix Spécial du Jury au Festival du Scoop, nominé au Prix du Correspondant de guerre de Bayeux, au prix Kodak de la Photographie de Paysage, au prix AFP-Bendrihem de la Photographie Politique, Jean-Manuel Simoes a participé à de nombreuses expositions notamment au Chelsea Center for the Arts de New York, à l’abbaye de Neumünster au Luxembourg, à la galerie Photo4 et à la galerie Lucie Weill à Paris ; projections au Festival Visa pour l’Image de Perpignan, au Festival Images Singulières de Sète. Il a publié Springstine sur Seine et La ville à trois vitesses (avec Jacques Donzelot aux Éditions de la Villette).

Xiao Zhang:

« Coastline »

« La Chine offre 18 000 kilomètres de côtes, entre l’estuaire du fleuve de Beilun au sud et celui de Yalu au nord. Ces rivages sont les « fenêtres de la Chine » sur le monde extérieur. Ils sont aussi le lieu d’une urbanisation galopante, plus encore que dans le reste du pays. Ces bords de mer sont l’objet d’un rêve pour de nombreux chinois qui quittent les campagnes pour y arriver en masse, pensant y trouver du travail et une vie plus facile. Xiao Zhang nous livre une dérive étonnante le long de la côte. Il la décrit comme belle et « douloureuse ». On y voit les vacances, les mariages, les déchets, la solitude, une Chine intime et contemporaine sans aucune facilité exotique. Ce jeune artiste chinois, déjà remarqué en Chine pour son travail au Three Shadows Photography Art Center, est fasciné par la mer depuis son enfance ; il y cherche une » résidence pour son âme  » et parvient à saisir, dans cette errance au fil de l’eau, des images extrêmement fortes d’une Chine à la croisée de deux mondes.»

(Agnès Sire)

 

Né en 1981 à Yantai, province de Shandong (Chine), Xiao Zhang vit à Chengdu.
Diplômé d’architecture à l’université de Yantai en 2005, il devient photographe au Chongqing Morning Post (2005/2009).
Après plusieurs expositions en Chine (Festival International de Pingyao et Festival de Lianzhou notamment), il expose en Europe Kunsturm Art Museum de Brême (Allemagne) ; Festival International de la Photographie de Derby (Angleterre), galerie Le Réverbère (Lyon), galerie Baudoin Lebon (Paris), galerie L’Arsenal de Metz, Maison de la Photographie de Lille. Après plusieurs Prix obtenus en Chine, il est lauréat de la Bourse du Talent (France, 2010) puis du Prix HSBC en 2011.
Exposition présentée avec le concours de HSBC-France et de la galerie Le Réverbère (Lyon).

Emmanuel Smague:

« Innocences »

Do — Le photographe est musicien. Sur les chemins de traverse, son violon offre une part de son âme. Donner c’est aussi recevoir en échange ; le photographe ne dérobe rien, ses images ne sont que les empreintes d’instants partagés.
Ré — Ses chaussures de vent l’ont porté dans de nombreux pays. Le propos tenu n’est pourtant pas géographique, pas même ethnographique, il ne démontre pas, il ne rationalise pas, il montre, tout simplement, et c’est à prendre avec le coeur.
Mi — Ici point de couleurs pour empaqueter le propos. Prenons cet instant de vie au bord du fleuve Niger où l’on sent bien que le soleil tombe à rayons raccourcis sur le paysage. Juste du noir pour les ombres, quelques gris ici et là, et un immense ciel blanc qui s’arroge presque toute la place.
Fa — Ne nous laissons pas égarer par la simplicité apparente de la composition. Les personnages debout dialoguent au sens propre mais aussi graphiquement avec les garçons qui jouent. Puis le regard poursuit une spirale le long des jambes de l’enfant pour nous laisser sur la minuscule silhouette qui au loin s’en va, sa charge sur la tête, vers on ne sait quelle destinée. Et l’on s’arrête là, essoufflé.
Sol — Cette image de Katmandou où l’enfant mendiant s’asperge de sang animal afin que par pitié, les passants déposent des amas de billets devant son corps à moitié nu porte témoignage d’une extravagante complicité avec le photographe. Quelle nécessaire connivence permet la cohabitation de l’homme blanc avec ces très jeunes adolescents dont le dessein journalier est de tout simplement survivre ? Quelle singulière empathie permet d’unir à ce point les dissemblances de natures ?
La — Qui regarde qui ? La jeune fille à la poupée trop grande plonge avec confiance ses yeux droit dans les nôtres. À y regarder de près son sourire est celui de Mona Lisa. Il affirme que son royaume n’a d’autres limites que l’horizon. Ici l’instant décisif s’efface, le temps s’arrête, s’étire et devient lui aussi infini.
Si — Le photographe tisse des liens entre lui et les autres, jette un pont entre nous et les autres. Le jeune écolier rom qui pose devant le taudis qu’il habite, semble partager plus de choses avec nous qu’avec les habitants des immeubles voisins.
Chaque cliché proposé est comme un accord. Accord majeur que l’on perçoit sans nuance à l’instar de ces enfants arméniens qui jouent dans leur maison ou accord mineur, plus subtil, où l’oeil découvre des résonances et des échos à l’exemple de ce bébé du Ladakh dans son couffin d’osier.

(Daniel Collobert)

Né à Rennes en 1968, il n’a depuis jamais quitté la Bretagne… sauf quand il s’évade. Nomade et sédentaire à la fois. Ses destinations sont directement liées à un projet photographique: le Transsibérien, les peuples nomades de l’Asie centrale à la Mongolie, les chiffonniers du Caire, la région de Tchernobyl, les enfants de la rue à Katmandou, un quartier de prostituées au Bangladesh… Voyageur ou photographe ? Sans doute les deux. Une nécessité de s’inventer des prétextes à la découverte et la rencontre d’un peuple. Expositions au festival Pluie d’images à Brest ; à l’Hôtel de Sauroy à Paris.

Vues de l’exposition