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24.04 - 12.06.2010

« Au bout des Certains »,
« Fake »

Claude Pauquet

Carton de l’exposition de Claude Pauquet,  « Au bout des Certains », « Fake », 2010

De 2002 à 2006, Claude Pauquet a réalisé une série de voyages sur le littoral atlantique et de la Manche, entre Hendaye et Bray-dunes. Les images ont été réalisées, au moyen d’appareils photo grand format, en suivant les côtes au plus près. Avec la rigueur d’explorer toujours une même ligne de frontière entre rivage et océan. Claude Pauquet cherche à saisir la manière dont l’homme a investi cette lisière, l’a marquée de sa présence ; la manière dont il l’habite et dont il entend laisser trace… « jusqu’au possible ridicule des couleurs disharmonieuses, des petits arrangements humains, trop humains pour n’être pas voués aux sables et aux souffles» (Dominique Moncond’huy) .

Claude Pauquet est distribué par l’Agence VU. Formé au contact de photographes comme Claude Dityvon, Guy Le Querrec et Gary Winogrand, après avoir longtemps photographié les thèmes de la musique, de la fête ou du reportage de rue, il travaille maintenant en grand format et poursuit une recherche sur l’identité du paysage, sa tranformation et l’observation du territoire social en développant des projets personnels au long cours. Il collabore également avec la presse (Libération, Le Monde, Télérama).

« La proposition de Claude Pauquet, alors qu’elle correspond à un travail qui s’est développé dans le temps, long, sans trépidation, sans autre urgence que celle de la prise de vue au moment de la réalisation, vient s’inscrire, en intéressante rupture, dans une foisonnante production de la photographie contemporaine consacrée au paysage.

La photographie de Claude Pauquet se fonde sur deux éléments centraux : la couleur et la temporalité.
La dimension temporelle est de fait, la plus simple à traiter. Claude Pauquet marcheur sur les rivages d’une France que personne ne photographie plus pour de multiples raisons, déclenche lorsque la situation, la lumière, l’espace, lui semble significatifs. Il n’y a, dans cette façon de verser à l’éternité les espaces traversés, aucune autre façon d’urgence que celle qui anime le photographe. Et comme nous savons que le paysage n’existe pas en « soi » mais qu’il est déterminé par la seule volonté de l’auteur qui choisit son cadre, il est aisé de voir comment le temps de la prise de vue, dans sa brièveté, est immédiatement dévolu au futur et au définitif. Avec un calme troublant pour le regardeur…
L’essentiel, étonnant de la part d’un photographe ayant été un des acteurs de l’agence Viva, qui signa de façon radicale et en noir et blanc, la rupture avec les conventions du reportage, est son approche de la couleur.

Avec finesse, avec une réelle culture de ceux qu’apportèrent dans les années soixante dix les Américains comme Meyerowitz, Stephen Shore ou William Eggleston, Claude Pauquet nous propose de regarder le monde en couleurs, non parce qu’il serait plus réaliste, mais parce qu’il transforme la couleur en matière (sujet?) de sa photographie.
Il ne s’agit ni de décrire ni de reproduire. Seulement de transmettre l’émotion d’un moment, sans aucune anecdote, mais que la couleur va être capable de faire percevoir. Alors elle se déclinera en vibrations autour d’un aplat, en camaïeu laissant au ciel la possibilité d’imposer sa tonalité, en affirmation d’une approche frontale, en dégradés, en ponctuations, en évitant toujours le spectaculaire tentant du colorisme.

Et finalement, il ne s’agit que de nous proposer, avec modestie, de regarder l’harmonie des teintes qui à chaque instant et dès que nous prenons le temps de vivre au rythme d’une respiration qui résiste à la vitesse, cherche à nous engloutir. La couleur du temps cherche à nous apaiser. »

(Christian Caujolle)