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28.06 - 27.09.2008

≤ Trente ≥ :
30e Estivales photographiques
du Trégor

Delphine Balley
Éric Bouttier
Anne-Lise Broyer
Vanessa Chambard
Benjamin Deroche
Krisztina Erdei
Marina Gadonneix
Simon Jourdan
Eva Mayer
Coralie Salaün
Jérôme Sevrette

Couverture du livret de la 30ème édition des Estivales Photographiques du Trégor, Trente, 2008

L’Imagerie organise en 2008 la trentième édition des Estivales Photographiques du Trégor. Nous aurions pu à cette occasion retenir l’aspect rétrospectif de cet anniversaire et nous contenter de proposer quelques uns des auteurs importants qui ont au fil des décennies marqué la mémoire de nos visiteurs. Nous avons a contrario décidé d’ouvrir cet événement aux artistes de demain en retenant dans le projet des photographes nés en même temps que notre manifestation (à quelques années près !).

Ils ont vu le jour quand Willy Ronis et Guy Le Querrec, parmi d’autres, exposaient à Lannion pour la 1ère édition d’une manifestation qui s’appelait alors le Festival Photographique du Trégor. D’une photographie de reportage, directe et humaniste, en noir et blanc qui faisait la marque de l’époque, ces jeunes auteurs sont passés à des recherches plus plasticiennes qui intègrent grand format de monstration, couleurs, textes… le regard sur l’autre s’étant lui aussi intériorisé.

Le parcours d’exposition dans la galerie regroupe thématiquement les 6 expositions de Lannion :
Un premier ensemble unit les photographies de Marina Gadonneix (Paris) et Jérôme Sevrette (Rennes) qui traitent de l’espace et de l’architecture, du vide pour l’une (studios de télévision et décors désertés) au « trop plein » des architectures contemporaines à la noirceur inquiétante pour le second.
La photographie et l’écrit suivront avec Delphine Balley (Lyon) qui condense et met en scène — une image et quelques mots — ces faits divers, ces « histoires vraies » qui font le quotidien de nos quotidiens et Anne-Lise Broyer (Paris) qui emprunte volontiers les sentiers du graphisme et de l’écriture et scénarise une monstration où se mêlent photos noir et blanc, aplats colorés bleus et poésies dont les mots courent sur murs et sols.

Enfin les portraits-paysages de Vanessa Chambard (Paris), qui mixte en diptyques intemporels nature dépouillée et visages hiératiques, répondront aux portraits —sur—paysages de Eva Mayer (Autriche) dont les modèles rêvent d’un ailleurs inaccessible. Krisztina Erdei (Hongrie), dont les photos sont exposées à la Maison des Arts de Cavan, tient au quotidien un « journal » numérique décalé, fine observation de ses compatriotes des ex-Pays de l’Est qui n’est pas sans évoquer Martin Parr ou Lars Tunbjôrk exposés précédemment aux Estivales.

Une présentation de photos de la collection de L’Imagerie, acquises lors de précédentes éditions des Estivales, complète cette programmation (Chapelle Saint-Samson de Pleumeur-Bodou).

Marina Gadonneix:

Tout & rien

Le travail photographique de Marina Gadonneix s’inscrit dans un projet qui consiste à prélever des lieux livrés à un abandon provisoire. Quels sont ces lieux ?

Plateaux de télévision photographiés dans le sommeil de l’information, mais privés de ses héros et autres divinités de la parole, suspendus à un silence qui pourrait être celui d’un sanctuaire. Le mensonge de la « vie » — qui est vraisemblablement le leitmotiv du flux télévisuel — est ici attaqué de plein fouet : la saisie frontale des plateaux et décors vise à désamorcer leur prétendue intensité dramatique. Maintenant, plus rien ne se passe : interruption du programme, neutralisation des effets, fin de l’histoire.

La force de l’image réside dans ce pouvoir de blocage. Il faut dès lors admettre ce vide saturé de vide sans convoquer la nostalgie d’un spectacle qui a perdu sa vraisemblance. Voilà le propos de la série Remote control, qui a permis à son auteur d’accéder au seuil d’un travail qu’elle poursuit sur un autre mode. S’il y a une dimension critique dans ces images (qui n’a pas échappé aux contempteurs du « spectacle ») ses propositions récentes traduisent un souci d’un autre ordre : celui de l’image, nécessairement déconnectée de son référent. Ce décalage est manifeste dans la série Removed Landscapes.

Les lieux photographiés ont une familiarité avec les plateaux de télévision, car ils sont modelés par le même artifice. Cependant, la distance choisie est sensiblement différente. L’éloignement n’a plus cours. L’image se rapproche des choses, atténue leur présence et se vide par degrés de tout ce qui l’encombre. La couleur a la part belle de cette entreprise de nettoyage. Surfaces monochromes. Déclinaison de couleurs saturées. Nudité alarmante. Qu’est-il possible d’y voir ? Presque rien ou presque tout, ce qui provoque le même accablement. En effet, pour combler ironiquement ce vide, les titres des photographies renvoient à des paysages lointains et interchangeables. Un décor vert acidulé désigne les « chutes du Niagara », la surface bleutée d’un mur, la « forêt-noire »…

Cette disjonction provoque un effet humoristique qui n’est pas sans rappeler Alphonse Allais et ses Jeunes communiantes chlorotiques dans la neige, invisibles dans une image toute blanche (1883). Mais plus généralement, ces paysages, libres de toute appropriation, dénoncent l’asservissement de l’imaginaire aux rêveries de la masse. Persiste cependant une exception, sans doute là pour ne pas enfermer le travail et lui donner un sursaut d’intensité : il faut en effet signaler, qu’en dépit du caractère incisif du projet, sa puissance visuelle nous rend songeurs : la beauté pourrait tout à fait se trouver dans des directions et chemins imprévus.

Amaury da Cunha

Marina Gadonneix (Paris) est diplômée de l’Ecole Nationale de la Photographie d’Arles en 2002. Elle est membre du collectif de photographes « POC Project » et est lauréate de la fondation HSBC pour la photographie (2006).
Son travail est représenté par la galerie Esther Woerdehoff, Paris.

 

Jérome Sevrette:

Dans l’une de ses interviews, Jérôme Sevrette dit ne photographier que d’octobre à mai. Cette précision météorologique, loin d’être une boutade, témoigne à elle seule de dégoûts primordiaux, d’un quant-à-soi très éloigné des modes et du consensus. D’évidence, il fuit le plein soleil, la foule et toute forme d’exotisme, réhabilitant ce que l’on considère comme ordinaire, au sens où l’écrivain Pierre Michon parle de Vies minuscules. Les lieux qu’il nous donne à voir sont à notre porte, mais vides de toute présence humaine, noirs d’humidité, inquiétants de luisante surnaturelle.
Au fil des séries, ce monde particulier est organisé en rubriques aux résonances mythologiques (Bellonia, Décades…) ou bien anglo-saxonnes (Measure my angst, Consumed landscape...) proches des titres de disques dont il illustre les couvertures. Probable qu’il prenne appui sur des romans noirs et des expérimentations musicales.

[De] Structure est la vision d’une ville moyenne à laquelle Jérôme Sevrette donne l’ampleur et l’aspect d’une cité futuriste. Il en sélectionne les éléments les plus représentatifs — arêtes vives, gigantisme des monuments, nuages tels des champignons atomiques — non pour délivrer un quelconque message politique mais pour projeter le spectateur dans un imaginaire reposant sur la plus évidente banalité. Il ne s’agirait finalement que d’apprendre à voir et à écouter. Ces images-là sont muettes, non par impuissance mais bien par sidération. La science- fiction n’intéresse pas ce photographe mais plutôt la « beauté convulsive », « explosante-fixe », ces éclipses qui rythment les jours lorsqu’on y est attentif.
D’octobre à mai, une vie à contre-temps, exactement comme en musique on prévoit les silences.

Danielle Robert-Guédon

Jérôme Sevrette (Rennes) travaille principalement en numérique et en Polaroïd. Il crée son site web en 2002 ce qui lui permet de diffuser plus largement ses clichés et de collaborer avec d’autres sites, magazines et webzines comme Seek Among the Pure (New York), le fanzine Twice ou la revue de littérature La Femelle du Requin. C’est également par ce biais qu’il rencontre l’éditeur allemand Camakarma avec lequel il participe à la réalisation du coffret concept Nachtvorstellung. Parallèlement à ses travaux personnels, son attachement au milieu musical lui vaut d’être souvent demandé pour des pochettes de disques, vidéos, projections & autres visuels comme avec les Suédois de Sibelian pour leur album The Seul Rush ou Neon Cage Experiment pour l’album Materials & Methods sur le label américain Vendetta Music. Plus récemment, il est remarqué par Simon Huw Jones du groupe anglais And Also The Trees qui lui propose d’illustrer leur dixième album (listen for) The Rag and Bone Man, s’en suit une collaboration avec le chanteur Frédéric Truong pour le vidéoclip Je souhaite et les visuels de son nouvel album Vers le nouveau monde. Plusieurs expositions à son actif, à Drouot-Richelieu et au Divan du Monde à Paris, à la Maison Daniel Féry de Nanterre, au Centre Culturel Cuzin d’Auch… Commodore, son premier livre, vient de paraître aux éditions Swarm.

 

Delphine Balley:

Histoires vraies

Durant la première phase de préparation, j’ai pris en note de nombreux faits divers  rédigés sous forme de brèves, voire d’aphorismes. Félix Fénéon, chroniqueur au Matin, a été une source privilégiée, ainsi que le travail du poète américain Reznilkof. Toutes les histoires sélectionnées sont tirées de faits avérés mais réduits à l’essentiel.
Après avoir fait le tri d’histoires vraies, et sélectionné les plus évocatrices à mon goût, j’ai dressé une liste de gens qui allaient me servir de comédiens des inconnus croisés ici et là, des connaissances, des amis. Des gueules qui seraient la seconde matière première de ce travail de reconstitution de faits divers.

A partir du moment où j’ai eu les textes — réécrits pour les rendre toujours plus compacts — et un certain nombre d’acteurs d’accord avec le fait de poser en assassins 
ou en maniaques, la troisième étape a été de repérer des lieux où auraient pu se com- mettre les histoires. Parfois il m’a semblé intéressant de conserver le sujet dans son  intérieur, en accentuant certains détails. D’autres fois il était nécessaire de le sortir de son décor intime et ce le remettre en scène ailleurs. Le travail sur la lumière a été particulièrement long et fastidieux, afin de faire coïncider l’atmosphère à ce que j’imaginais. Ma mère et Emmaüs ont été mes accessoiristes privilégiés !

Si cette série ne s’intitule pas Faits divers mais Histoires vraies, c’est que je n’ai pas
essayé de reconstituer le fait divers en lui-même, dans sa dimension spectaculaire. Au contraire, j’ai voulu ajouter à ces courts textes une image qui servirait d’indice, voire 
de preuve pour que les spectateurs puissent mener leur propre enquête. Les instants  proposés ne représentent donc pas l’acmé de l’action, mais un avant ou un après de cette action. On ne voit jamais le crime se commettre, mais le crime est présent quelque part, en amont ou en aval de l’image.

Certaines photographies font nettement penser à des reconstitutions policières, avec des acteurs jouant le rôle des victimes. D’autres semblent au contraire tirées d’albums de famille, en tout cas réalisées avant le crime et comme plus tard ajoutées au dossier. Enfin certains clichés pourraient avoir pour origine le criminel lui-même, posant pour la postérité, le crime une fois commis — je pense notamment à la photographie de la Veuve noire.
Tous ces clichés proposent une nouvelle dimension à l’histoire. Le texte et l’image se complètent pour permettre au spectateur de compléter le drame.

Delphine Balley

Après des études à l’École Nationale de la Photographie en Arles, Delphine Balley revient à Lyon en 1999 et commence une série de photos sur la maison familiale (exposition à la galerie 9bis à Saint-Etienne). Suivront des « portraits de famille » avec ses parents pour modèles (expositions Frac Champagne-Ardennes (Jeunisme), Centre de la Photographie de Lectoure, Atelier de Visu de Marseille, Le Réverbère de Lyon)… L’exposition Histoires vraies en 2006 sera exposée au Septembre de la Photographie de Lyon (Portfolio dans Le Monde 2). La dernière série (11, Henrietta Street, un drame familial inventé) a été présentée au Réverbère (Lyon) à la Galerie Leme (Sao Paulo).

Résidences au musée d’Art Moderne de Dublin, à Montréal (avec Cultures France)…
Elle est représentée par la galerie Le Réverbère, Lyon.

 

Anne-Lise Broyer:

Dieu que cette histoire finit mal/ On imagine jamais très bien/ Qu’une histoire puisse finir si mal/ Quand elle a commence si bien/ On imagine pourtant très bien/
Voir un jour les raisons d’aimer/ Perdues quelque part dans le temps/ Mille tristesses

découlent de l’instant/ Alors, qui sait ce qui nous passe en tête/ Peut être Finissons

nous par nous lasser/  Si seulement nous avions le courage des oiseaux/ Qui chantent
dans le vent glacé/ Tourne ton dos contre mon dos/ Que vois tu je ne te vois plus/ Si

c’est ainsi qu’on continue/  Je ne donne pas cher de nos peaux/ Parfois, qui sais ce
qui nous passe en tête/ Peut être finissons nous par nous lasser/ Si seulement nous avions le courage des oiseaux/ Qui chantent dans le vent glacé (…) Dominique A.

Une chanson dans la tête, observer le silence, précisément… une série qui pourrait être une chanson « photographique »… peut-on dire cela ?

Née en 1975, Anne-Lise Broyer vit et travaille à Paris. Après une année d’études en Histoire de l’Art à l’Université Lyon II, elle intègre à 19 ans l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Elle y restera 7 ans (section graphisme, illustration puis diplôme en photographie, post-diplôme édition/presse et Atelier National de Recherches Typographiques).

Cette formation l’amène à interroger la relation qu’entretient la photographie avec le livre d’artiste. Se situant dans une pratique « buissionnière » de la photographie qui emprunte volontiers les sentiers du graphisme et de l’écriture, elle cherche par cette hybridation à mettre en place une littérature photographique essentiellement tournée vers la publication. Prolongement de la prise de vue, elle assure la mise en page de ses ouvrages, étape qu’elle apparente au principe du montage filmique. Ses séries ont toutes en commun la trame d’un récit, d’un texte, d’un roman qu’elle aura lu. Les images auraient-elles été déjà lues avant d’être vues ? C’est en lectrice qu’elle aborde le monde. Aussi ne cesse-t-elle de questionner le rapport que la photographie peut entretenir avec les autres arts tant à travers le livre que par la scénographie souvent singulière de ses expositions.

En 2001, elle publie C’est maquis, aux éditions Filigranes puis en 2003 chez ce même éditeur, Une histoire sans nom pour laquelle elle reçoit en 2002, le prix d’aide à l’édition aux Rencontres Internationales de la photographie (Arles). Une série d’images noir et blanc, mêlées à celles en couleur de Nicolas Comment constitueront la sixième rencontre avec André S. Labarthe réunies dans Le triboulet paru en avril 2004. Fading, édité en septembre 2006 après une résidence à Prague (programme carte jeune génération de Culturesfrance) est co-signé avec Nicolas Comment. Le ciel gris s’élevant (paraissait plus grand) constitue son cinquième ouvrage. Au Roi du bois (chap.11), vient de paraître en mai 2008.

Son travail est représenté par la galerie VU’, Paris.

 

Eva Meyer:

Elsewhere, le portrait confronté au désir de l’ailleurs.

Eva Meyer trouve son inspiration dans son environnement immédiat (sa rue, sa ville, ses relations…). C’est le « hors-champ » de notre société qu’elle essaie de montrer à travers différents phénomènes sociologiques : vie réelle et virtuelle, société de consommation, artifice du quotidien …
Dans sa récente série Elsewhere (Ailleurs) réalisée en numérique, une vingtaine de portraits se déclinent selon le même protocole : chaque modèle est photographié de face, des genoux à la tête, les yeux fermés, devant un mur. « Je demande à chacun d’imaginer l’endroit où il aimerait être lorsque s’effectue la prise de vue. Je cherche ensuite sur internet des lieux qui s’apparentent le mieux à ce souhait, puis je les inscris en fond en les « floutant » comme si la personne avait été photographiée avec une faible profondeur de champ » indique Eva Meyer.

Les photographies, dont les formats verticaux 80 x 65 cm sont assez proches de la taille réelle, ont une présence physique très appuyée qu’accentue encore le contraste entre le fond flou et la netteté des modèles. Mais paradoxalement un élément essentiel du portrait se dérobe : le regard — tourné ici « vers un rêve intérieur indéchiffrable. Une absence dans la présence. Un ici, réel, et un ailleurs virtuel. Une photographie de l’étrange, en toute intériorité. » (Serge Hartmann)

Eva Meyer (Autriche) vit et travaille à Paris depuis sept ans. Après un séjour aux États Unis, à Knoxville d’abord puis à New York, Eva Meyer regagne l’Europe pour développer un travail photographique aux lisières du rêve et de la mise en scène. En 2004, la galerie « La Périphérie » (Malakoff) expose pour la première fois ses photographies. Depuis elle monte ses projets photographiques et ses installations régulièrement dans cette galerie, et dans des festivals en France et à l’étranger : Kaunas Days 07, Lituanie ; Los Angeles Center for Digital Art, USA ; L’Usine Galerie, Bruxelles ; TNS, Strasbourg ; Mois de la Photo, Paris ; « Jeune Création Européenne », Salon d’art contemporain de Montrouge ; Mission Jeunes Artistes (Toulouse)… Publications : Ensembles Fugitifs (« Frankfurter Rundschau », Allemagne), Elsewhere (« Afterimage », USA)

 

Krisztina Erdei:

La série Formalities/Formasàgok de Krisztina Erdei se présente en trois parties : l’une décrivant une « géographie quotidienne » de la génération actuelle d’Europe de l’est, une autre reflétant la pensée et la vie rurale, et une dernière sur « la culture du plastique » offrant un paysage coloré par des objets « post-socialistes » venant de l’Occident… mais fabriqués à l’Est.
Le travail d’Erdei s’appuie ici sur la grandeur de l’existence par son absurdité et ses imperfections : la beauté du monde se trouve dans le fait qu’il existe dit-elle. Krisztina Erdei ne cherche ni à expliquer le secret de cette existence, ni à la définir de l’extérieur, mais plutôt à l’éprouver entièrement et offrir des interprétations sous cette lumière-là.

On peut discerner à l’arrière-plan de cette série une vision sur l’état actuel de la civilisation est-européenne où transparaît non pas l’idée de développement mais plutôt un sentiment de stagnation. L’autre dimension quant à l’interprétation de sa photographie concerne la personnalité des sujets par une approche sensorielle et un intérêt pour leur environnement. Tous ont en commun ce concept de liberté propre à Krisztina Erdei, sensibilité si caractéristique chez cette photographe qui s’évertue à photographier à partir de son identité propre ; une saveur féminine toute particulière qui nous démontre une nouvelle fois qu’à ce jour nous ne pouvons débattre de la génération actuelle de l’est sans auparavant inclure l’image de la femme dans le monde.

Née en 1976 à Szeged (Hongrie) et vivant actuellement à Budapest, Krisztina Erdei est diplômée de l’École de Philosophie et de l’École d’Études Politiques de l’Université de Szeged.

Elle a notamment suivi un cursus sur la théorie de film et l’éducation visuelle à l’Université Lorànd Eotvos à Budapest puis une formation à l’École de Photographie Szellemkép de Budapest en 2000. Elle est commissaire d’exposition pour la Fondation de Photographie Lumen dont elle fut une des fondatrices en 2002.
Elle expose son travail régulièrement à l’Est de l’Europe (Hongrie, Slovénie, Monténégro, Serbie, Slovaquie, Russie…) mais aussi en Allemagne, France et Corée.
Exposition présentée avec le concours de Photo Europa.

 

Vanessa Chambard:

Souvent ce sont des visages que je photographie. Mais je ne veux pas présenter ces visages comme des portraits dans le sens classique du terme. Ce ne sont pas des portraits de ma famille ou de mes amis. Ce ne sont pas des portraits d’individus en particulier, avec un passé, un présent, des sentiments propres. Je ne laisse pas de place à l’anecdote, au vécu, au caractère de chacun. Juste, parfois un sentiment, une expression universelle. Des visages d’hommes desquels je tente d’effacer les marques de la civilisation. Pour mieux en revenir à une force brute, massive, simple.

Car ce que j’essaye de photographier, c’est l’Homme dans son universalité. Un Homme qui n’est ni plus ni moins qu’une espèce vivante naturelle parmi les autres, avec toute sa sauvagerie, sa beauté et sa vulnérabilité aussi.
Parfois, c’est vers la nature que je me tourne pour retrouver cette universalité dont  l’homme est coupé dans son quotidien. L’immersion dans la nature me semble l’une des meilleures façons de fuir, non la réalité, mais seulement le monde dans lequel on évolue.

Quoi de plus réel que la nature ?
La nature, dépouillée de l’anecdote et du superflu, a une force brute qui me fascine. En la photographiant je veux mettre en lumière un monde oublié.
Car, portrait ou paysage, il s’agit toujours pour moi d’échapper au monde extérieur. Ou plutôt d’y survivre en révélant une autre réalité.

Vanessa Chambard

Née en 1984, Vanessa Chambard est diplômée de l’École des Gobelins. En 2007, elle est lauréate d’une mention spéciale du jury de la Bourse du Talent pour son travail de portrait, exposé ensuite à la BNF. Ses images ont aussi été exposées à Niort dans le cadre de la résidence des « Rencontres de la Jeune Photographie Européenne ». Entre septembre 2007 et janvier 2008, elle a réalisé un travail autour de la question de l’espace en Roumanie et en Bulgarie.